La balade qui fait mal

Ils butent sur des panneaux publicitaires ou du mobilier urbain.

Des non-voyants et malvoyants ont testé un parcours au centre-ville. L’occasion de découvrir les nombreux obstacles qui pourraient leur être évités.

VENDREDI, vous avez peut-être retrouvé un petit autocollant rouge floqué « aïe » sur votre panneau publicitaire ou votre jardinière donnant sur la rue.
L’association Le Fil d’Ariane a organisé une opération de sensibilisation en compagnie de personnes non-voyantes ou malvoyantes, dont les seuls yeux sont leur canne. Une première. « Nous faisons cela pour que les gens prennent conscience des difficultés rencontrées », souligne Dominique Javier, vice-présidente du Fil d’Ariane à Soissons. L’idée émane d’une association lyonnaise qui encourage à organiser des testings et fournit les autocollants, à apposer sur les obstacles. Le voyant ne mesure pas à quel point les trottoirs en sont pleins.

Aïe sur le plot en béton !Attention les tibias !

Le cortège est parti de la place Mantoue, direction la rue Saint-Martin. Au bout de quelques mètres, trois « aïe » sont collés. Là, c’est un arbre mal taillé, plus loin une poubelle à verre pas rentrée, puis le présentoir d’un commerce posé au beau milieu du trottoir. Il n’est pas question, bien entendu d’interdire aux commerçants de sortir leurs panneaux publicitaires (lire par ailleurs). « Mais il faudrait la même règle pour tous, que les personnes malvoyantes sachent où circuler », poursuit la bénévole.

Laurent Rouxel connaît Soissons comme sa poche. Il se déplacerait facilement s’il ne rencontrait pas tant d’obstacles et l’incivilité constante des voyants.
« Le plus enquiquinant, ce sont les voitures qui se garent sur les trottoirs », souligne-t-il. Illustration en temps réel : en quelques minutes, trois véhicules en stationnement rue Brouillaud.

Le mobilier urbain n’est pas en reste. Les bornes grises square Bonenfant ne tranchent pas assez avec le gris du macadam. Comme Laurent, certaines personnes malvoyantes distinguent le blanc, aussi les contrastes sont-ils salutaires pour eux. Sinon, ce sont les tibias qui trinquent, car la canne ne peut pas tout déceler. Marie-Christine Guesquière a pris pour habitude de longer les murs pour se guider. « On bute souvent sur des jardinières qui dépassent ou des volets mal fermés », observe-t-elle. « Et c’est pareil dans tous les quartiers. »

Quant aux automobilistes, ils sont une menace pour qui ne peut pas les voir arriver. « Ils ne s’arrêtent pas forcément au passage piéton », remarque Monique, bénévole, qui accompagne régulièrement Mauricette Caron, non-voyante, faire ses courses. Cette dernière peut se balader seule rue Sant-Martin, car elle en connaît chaque obstacle, mais elle serait incapable de marcher seule, ailleurs. « C’est angoissant », dit-elle. Beaucoup de non-voyants se refusent d’ailleurs à sortir dans la rue. Le Fil d’Ariane* œuvre à leur meilleure intégration dans la société et à leur apporter de l’autonomie, si tant est chacun les y aide un peu.

Isabelle BERNARD
Permanence tous les mercredis de 14 à 17 heures, 6, place Mantoue. Tél. 03.23.59.43.60 

L’Union
Publié le lundi 28 janvier 2013 à 11H00